DEUIL ÉTHYLIQUE 📖



Je me souviens être restée longuement devant une porte vitrée une cigarette entre les doigts. De longues années plus tard, je suis retournée dans cet endroit glaçant imbibé d’odeurs et de bruits stridents.

J'absorbais consciencieusement mes bouffées empoisonnées. Mes jambes à moitié dérobées, je tâchais la transparence au milieu d’une foule où visiblement les yeux fatigués n'avaient pas le droit de cité à voir les passants vous observer de leurs regards pesants. Pour rester de marbre et juste cligner de l’œil, l'endroit était incontestablement parfait. Ma scène idyllique avait perdu tous ses éclats de rire et revêtait des couleurs grisantes. Auparavant c'était l'ivresse de cet homme que j'attendais dans ce coin de rue, mais depuis il me semblait que c’était le temps qui m’attendait et m’avait arrêtée. Son cœur s’est arrêté et le mien ne bat plus aussi fort. Pourtant entre passé et présent tout se confond. L’avenir jamais imaginé s’est évanoui dans les vapeurs de l’alcool qui ont fait naître des poussières au fond de mes yeux embués et inconsolables. J'ai fumé depuis des nuits entières sans savoir si au matin, après d'ultimes interventions, il serait encore vivant. J'ai fumé en rêvant qu'il allait bientôt ouvrir ses yeux et les planter dans les miens. J'ai pleuré tout ce que mon corps pouvait produire de larmes jusqu'à les avoir toutes épuisées. J’ai jeté tous les sons que mes cordes étaient capables de produire allant jusqu'à la peur de ne plus rien pouvoir émettre. Une douleur d'une telle intensité que j'avais appris à entendre mes tempes à me demander si l'instant où se répandrait le flux anesthésiant de mon esprit s'évaderait de cette gangue de souffrance. J’allais sans doute me poser à cet endroit pour distiller mon mélange de peine, étroite frontière entre le désespoir et le songe. On guérit de maladie et des chagrins, mais le peut-on des dépendances ? Drôle d'endroit que ce coin là où la foule se mêle à des vapeurs et les pensées s’évaporent comme cet instant qui s’est distillé et a fini par sombrer dans un sommeil asthénique. 

Je sais désormais que je n'ai plus besoin de me rendre sur ces lieux pour que les impressions que j'ai laissés m’envahissent. Quand ils m'étreignent parfois, hébétée, je mesure soudainement combien violents et cruels étaient ces moments à me battre contre l'incompréhensible pour sauver un être qui s'était déjà noyé et avait sombré. L'espace d'un instant des fumées m'emportent avec eux, là où le mal est si profond que l'on s'étonne ensuite d'être encore en vie. Fantôme de moi-même je me noie dans une vie où plus que jamais je continue à penser à la part des anges.


Commentaires

Anonyme a dit…
Ton texte résonne dans ma tête comme une douce mélodie, et tes images ravivent mes jours de pluie.Tes mots et ton écrit me font oublier mes soucis. Je rêve d'être dans tes images avec envie. La lumière de tes textes réchauffe mes rêves, évaporant les obstacles, mes craintes. Mon incessante admiration ne cesse au fil de tes textes de grandir. Tu mérites bien tout l'or et les diamants du monde que de bien jolis mots que ceux qui flattent ta beauté, car ton âme sait si bien refléter le monde dans lequel nous vivons. Mais tu sais si bien le rendre beau...Merci

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