LES SORTIL√ąGES DU PAYS D'ENJAVELA - ūüďö


I. LE PR√ČSAGE 


« Dans un paysage berc√© de cliquetis et de bruits d’oiseaux, l’aube s’√©veillait ; un monde au-del√† des galaxies et sans doute imaginaire o√Ļ l’horizon √©tait rougeoyant, un √©clat merveilleux : m√©lange de feux, traces rouge et filets d’or balay√©s de jaune. Au creux de la palette d’une vall√©e chaude, dont aucun n’avait connaissance, une  √©trange cr√©ature √©tait n√©e : d’une beaut√© insolente, r√©sultat d’un amour secret perdu dans l’espace-temps qui avait rencontr√© la vie ; une particule venue de la plan√®te terre. Ni homme, ni femme, ni tout √† fait mati√®re, faite de lumi√®re translucide et capable de prendre des formes diff√©rentes les plus improbables. Elev√© par une esp√®ce diff√©rente et √©rudite, cet esprit insolent en grandissant avait pris l'allure des combattants d’autrefois qui ornaient les pierres sacr√©es des vall√©es. Son protecteur ; Ga√Į, √©tait un √™tre impalpable mais visible. Il √©tait capable de se fondre dans des mati√®res qu’elles soient liquides ou solides. La v√©g√©tation luxuriante dans laquelle ils √©taient dissimul√©s semblait √™tre un foyer rassurant o√Ļ l’on respirait des parfums envo√Ľtants, mixture de roses s√®ches et ch√®vrefeuille relev√©e d’une pointe de poivre et teint√©e de c√®dre. Un jour le vieillard la convoqua. Il lui demanda de partir ; l'heure √©tait venue de voyager. La cr√©ature, dont le nom √©tait Enjavela s’offusqua de cette demande abrupte, elle qui n’avait jamais connu d'autres lieux. Elle lui demanda des explications. Il lui r√©pondit fermement :  

– J’ai r√™v√© ma vie, Enjavela sans l’atteindre, d√©chirure de moi-m√™me, √©clatants sanglots retenus par mes r√™ves d√©licats, expos√©e √† de fantasques fantasmes. Un sursaut, et je me rends compte du d√©sastre ; d√©sarroi de mon dilemme, une joie retenue par mes vicissitudes √† travers un monde profond rong√© d’ennui. J’ai tenu mon r√īle qui s’ach√®ve. Je t’ai transmis tout ce que tu dois savoir pour affronter les contr√©es que tu iras explorer. Depuis ta naissance, je me pare d’illusions berc√©es d'un bonheur cach√© dans l’antre de mes fantomatiques d√©sirs, acception de ma dualit√©, rempart de moi-m√™me. Acharn√© et repenti, c’est dans l’ombre que s’ex√©cutent ces contradictions : danses de ma vie pass√©e, pr√©sente et √† venir. J'anime au fond de mes d√©lires psychotiques la part de celles qui voudraient exister mais que j’emprisonne. Un √©trange bal anim√© du soir au matin. Chef d’orchestre, je me plie √† la volont√© de mon destin que j’ai d√Ľ refuser, reflet de mon inconscient. Une c√©r√©monie macabre dans laquelle je me d√©lecte, me perds et m’√©vanouis. Mes r√™ves sont un vaste ab√ģme et tu es l’effroi de mes projections. J’ai voulu y √©chapper, mais j’ai manqu√© de courage. C’est avec amertume que disparaissent mes √©lans de volont√© quand parfois je me surprends √† les mettre en sc√®ne. Je vis de cela : mon existence a pris un chemin r√©sign√©. La nuit, mes voix me rassurent, le jour elles me dictent mes conduites. Blasph√®mes et sacralis√©es, elles finissent par appauvrir mes intentions de courage. Je ne pensais pas vieillir alors que tu grandissais. H√©las, j’ai √©t√© condamn√© le jour de ta naissance √† dispara√ģtre. Je n’ai plus l’√Ęge de fuir avec toi maintenant et tu as atteint assez de maturit√© pour t’√©chapper. J’ai accompli ma t√Ęche.

– Je ne comprends pas ce que vous me dites ... 

– √áa suffit ! Ma d√©cision est prise, c’est l’heure pour toi de partir! Tu prendras cet objet qui te prot√©gera de tous les sortil√®ges.

Tu es arm√©e pour combattre n’importe quel ennemi. Fais attention de te prot√©ger des paroles de ceux et celles que tu pourrais croiser. 

– Qui ? Les yeux violets vacillants troublaient une r√©ponse qui tardait √† venir. 

L’homme resta silencieux mais fini par r√©pondre :

РJe ne peux te révéler ce secret.

Il lui avait remis une pierre l√©g√®rement blanche aux reflets multiples. Enjavela se retrouva seule. Livide √† l’id√©e de ne pas savoir quoi faire, elle se posa de nombreuses questions. Quelle direction ? Comment ? Par quel moyen ?  
Une musique venue d’ailleurs la fit sursauter par son √©tranget√©. En effet, les seuls sons qui lui √©taient familiers √©taient ceux de la nature : le craquement des arbres, le bruissage des feuilles ou encore le cri des animaux. Sur ses gardes, elle se faufila tr√®s vite dans le creux d’un grand arbre. Il lui ouvrait son tronc d√®s qu’elle arrivait, c'√©tait un tunnel qu'elle avait l'habitude d'emprunter. Tapis dans la p√©nombre, elle entendait des sons rauques de voix qu’elle crut reconna√ģtre. C’est alors qu’elle se sentit envahir d’une fatigue immense et lourde qui la plongea dans un sommeil profond."

* * *

Monsieur  JOHAN lu et relu le d√©but du texte qu’il caressait du bout des doigts. Derri√®re ses petites lunettes rondes, ses yeux √† peine dissimul√©s et vaguement fixes, il ne semblait pas vouloir s’exprimer. Malgr√© sa petite taille, il pr√©sentait une assise solide et charismatique. Son interlocuteur, un jeune homme √† l’allure modeste et effac√©e restait suspendu √† ses l√®vres, n’osant pas m√™me respirer. L’un face √† l’autre ils s’observaient entre le bureau de bois vieilli, massif et √† peine poli. M√™me la pi√®ce sombre et le froid qui planait, semblaient suspendus aux mots de Monsieur JOHAN. Le ciel terne avait plong√© l’obscurit√© au cŇďur de leur √©change gla√ßant, et avait maintenu le suspens. Monsieur JOHAN, en tant qu’√©diteur r√©put√©, savait mesurer ses mots et construire sa pens√©e. Mais l√†, il semblait dubitatif, voire circonspect. Dans un √©lan il ouvrit la bouche, mais malgr√© cela ; aucun son. Ce man√®ge lui semblant grotesque, il finit par se lever, faire quelques pas le long de son bureau, puis de mani√®re beaucoup plus rapide. Finalement il s’arr√™ta et avec des gestes larges et rapides de mani√®re agit√©e :

« Ethos, que s’est-il pass√© ces derniers temps ? Comment peux-tu √©crire ainsi ? Te rends-tu compte ? Et tout √ßa…as-tu imagin√© un seul instant les lecteurs de mon journal lire de tels balivernes ? Non mais vraiment… Ton texte, une nouvelle ? Un homme √Ęg√© d’accord, mais lorsqu’il parle. Tu as d√©j√† vu quelqu’un qui s’exprimait ainsi ? Parce que je vais te relire, si tu permets- «Je me pare d’illusions berc√©es de bonheur cach√© dans l’antre de mes fantomatiques d√©sirs d’une acception de ma dualit√©, rempart de moi-m√™me». Et quand j’imagine en plus qu’il s’adresse √† une cr√©ature sans forme. Hors de question ! Ce texte est le plus ubuesque que tu aies pu √©crire! Non, non et non, cela ne r√©pond en rien √† des publications litt√©raires que tu as pu faire. Quand je pense que j’ai promis … Enfin oublions, je te donne ta solde et n’en parlons plus. Cela fait des mois que tu ne produis plus rien, et je n’ai plus la possibilit√© d’attendre…»

Son discours aurait sans doute pu continuer, mais sans se rendre compte comment, les mots √† peine termin√©s de son ancien √©diteur, Ethos √©tait dans la rue. L’air exsangue, il se mit √† faire quelques pas et s’enfon√ßa dans les moiteurs de l’hiver de la ville. Il pensait sans penser, et pourtant depuis quelques temps, rien ne lui semblait important. Il avait h√Ęte de rentrer chez lui. Pour cela il devait marcher encore pendant au moins une heure et sans devoir s’arr√™ter s’il ne voulait pas s’engourdir. Ethos √©tait un jeune homme discret, avec du charme : des yeux per√ßants, des l√®vres dessin√©es, une m√Ęchoire carr√©e. Ethos intriguait. Cependant, depuis peu, ce n’√©tait plus le m√™me homme. Auparavant les mondanit√©s, d√©sormais solitaire. Sa vie facile, les femmes, tous les exc√®s possibles : aux oubliettes. De bonne famille et bien √©duqu√©, il n’avait jamais jusqu'alors bascul√© dans la solitude. Il √©tait reconnu pour sa plume. Femmes, hommes, jeunes, vieux, tous succombaient tant √† ses charmes qu'√† son langage. Plus qu’un √©crivain, Ethos avait dans sa plume, un charisme myst√©rieux in√©gal√©. Et c’√©tait un excellent orateur. D√®s qu’un son √©tait √©mis, les langues se taisaient. Ses phrases infusaient l'auditoire de sagesse, de po√©sie, m√™me s’il abordait des sujets engag√©s. Monsieur JOHAN lui avait √©t√© pr√©sent√© par une de ses ma√ģtresses : Aurore. Apr√®s avoir √©chang√© avec lui, il s’√©tait alors exclam√© « comment un jeune prodige comme vous n’est-il pas encore connu ? » C’est ainsi que tr√®s jeune, √† peine sorti de ses √©tudes, il avait d√©j√† int√©gr√© un monde ferm√© et exigeant du monde litt√©raire. Dans la brume hivernale, les images √† la fois proches et lointaines firent sourire Ethos. Aujourd’hui sa vie avait pris un autre tournant, tourment√© par un autre sujet que lui-m√™me. Il √©tait arriv√© chez lui et tr√®s rapidement, il s’installa au coin de sa chemin√©e. Il prit sa plume, son journal et commen√ßa √† √©crire.

« J’ai d√©couvert un tr√©sor cach√© dans l’√©corce d’un arbre, √©crin de pluie, emprunte du temps. Endormi depuis, j’ai touch√© ce bois pr√©cieux, le caressant, voulant √† tout prix humer l’essence m√™me d’une magie inavouable. J’ai rougi tant la volupt√© m’a gagn√© et fait dress√© mille et un frisson, transperc√© de part et d’autres de multiples doigts effleurant ma peau. √Čmois dans l’axe de mes yeux √©veill√©s. Cette sensualit√© me d√©vore tellement que je suis habit√© d’une fr√©n√©sie proche de la folie. Cela apaise le vide qui semble m’habiter. Tu m’as accueilli dans ta demeure bien souvent et je m’y suis r√©fugi√©. J’√©tais impr√©gn√© d’une force incommensurable. Tu as pris forme dans ma vie, et vis dans mes nuits. Chaque jour qui passe, je suis rong√© d’envie et je me laisse guider √† chaque fois au m√™me endroit. Je m’endors au pied de tes bras qui semblent me ramasser un peu plus chaque jour et me mener vers des sentiers inconnus. Et voil√† qu’un jour ton parfum pourtant √©tranger √† mes sens a surgi. Je t’ai aper√ßue ombre inconnue. Ma vie a √©t√© guid√©e par toi, √©trange cr√©ature que je ne puis d√©crire. Tu √©tais l√† quand j’avais des questions et l√† pour m’√©loigner de mon quotidien. Mais √† force de te rejoindre j’ai fini par m’oublier, et m√™me arr√™ter d'exister».

 

* * *

 

Monsieur JOHAN √©tait un homme qui avait b√Ęti sa fortune √† force de travail. Sa renomm√©e √©tait devenue telle qu’il n’avait plus rien √† d√©montrer. Le jour se levait √† peine qu’il √©tait d√©j√† debout. Ce matin-l√†, il √©tait fort agit√© et avait mal dormi, ressassant son entrevue avec Ethos. Ce dernier √©tait devenu au fil du temps comme un fils. Six mois auparavant, Ethos lui semblait √©tranger tant ses comportements √©taient devenus inexpliqu√©s. Il avait en effet cess√© d’√©crire les articles qui le rendaient si vivant et engag√©. Il avait constat√© par bride, des agressivit√©s de sa part. Lors de soir√©es mondaines, il multipliait ses frasques, il se taisait, puis disparaissait tel un fant√īme. De plus en plus absent aux r√©unions litt√©raires et assembl√©es du journal, Ethos avait fini par se replier. Il se souvint de la derni√®re r√©ception en date qu’il avait organis√©e avec toutes les √©lites de la ville.


Ethos, si lumineux autrefois, s’√©tait pr√©sent√© le teint gris dans la soir√©e avec un regard qui trahissait un malaise. Plus tard au d√©tour d’un √©change, il lui avait confi√© : « Je ne vais plus √©crire d’article, je vais √©crire un roman, une nouvelle». Pour mesurer son talent, avec confiance et certitude, Monsieur JOHAN en avait fait l’annonce en personne aupr√®s de ses invit√©s : « Trinquons mes amis ! Ethos abandonne la politique, il devient un romantique. A ce tournant : tes articles vont manquer √† mon journal, mais l’esprit brillant que tu es, aura sa place dans ma maison d'√©dition ». Et il lui avait gentiment gliss√© √† l’oreille : « Mon gar√ßon, ce n’est pas parce que tu ne serviras plus ton verbe aiguis√© √† d√©cortiquer les faits politiques et sociaux que tu dois te laisser aller √† ne plus √™tre pr√©sentable aux soir√©es. Je suis surpris qu’un homme de ta prestance vienne ici si mal v√™tu. J’esp√®re que tu vas me pr√©senter le fruit de ton travail bient√īt». Ethos l'√©couta √† peine et levant son verre, se hissa sur une marche imposante de l'escalier qui surplombait la salle de la r√©ception. « Je suis content d’√™tre pr√©sent parmi vous. Je tiens √† remercier particuli√®rement Monsieur JOHAN. En revanche, vous politiciens et notables, je ne vous salue pas et ne vous remercie pas pour m’avoir forc√© √† d√©lier vos combats au fil du temps et des pages ». Des rires succincts se gliss√®rent en vague pour se m√™ler √† des murmures. Il poursuivit : « Vous, qui pensez mener le monde, je dirai que je n’ai plus la force d’√©crire pour une soci√©t√© qui se d√©lecte de ses excr√©ments d’opinion.  Alors c’est avec force que je vous dis allez au diable et laissez la rh√©torique au service de l’art, √† votre sant√©! ». Un silence pesant puis un brouhaha s’√©leva progressivement. Aurore dans la salle et au premier rang, se glissa aux c√īt√©s d’Ethos et d'une voix forte : « Veuillez excuser Ethos, il me semble bien souffrant et l’alcool a rendu sa langue lourde ». Et l’irr√©parable se produisit devant les yeux de Monsieur JOHAN, qui malheureusement fut trop lent √† intervenir. Ethos avait gifl√© Aurore en lui disant : « Le droit d’√™tre dans mon lit ne te permet pas d’intervenir et me sauver par des mensonges qui masqueraient ma soit disant impolitesse ». Les personnes √©taient si choqu√©es du geste, le temps de r√©aliser l’acte, Ethos s'√©tait √©vapor√© par une petite porte apr√®s l’escalier. Monsieur JOHAN qui ne comprenait pas leur liaison affich√©e, alors qu’Aurore √©tait mari√©e, savait qu’elle le d√©fendrait corps et √Ęme malgr√© ce geste humiliant. Depuis cet incident, l’image de son prot√©g√© avait terni. Et aussi c√©l√®bre qu’il √©tait, Monsieur JOHAN, pour qui la tenue en soci√©t√© √©tait indispensable, lui avait envoy√© un avertissement tremp√©, lui demandant de se reprendre. Ils s’√©taient crois√©s par la suite lors d’un gala et avaient pris rendez-vous : une chance qu’il voulait lui redonner. Mais ce matin-l√†, ce n’√©tait pas le jeune homme qu’il avait connu qu’il avait re√ßu, mais son filigrane. Monsieur JOHAN se persuada que quelque chose n’allait pas bien. Malgr√© un dimanche en famille, il d√©cida de s’absenter de bon matin et d’aller √† la rencontre d'Ethos.


* * *

La maison d’Ethos, une demeure familiale h√©rit√©e, cossue, avec un charme visible d√®s les premiers feuillages de rosiers et de lierre qui habillaient la fa√ßade, √©tait admir√©e. La grille √©tait habill√©e de glycine. Avant ce repli, Ethos organisait fr√©quemment des r√©ceptions. Mais l√†, tout semblait gris, et le brouillard qui l'entourait n’arrangeait en rien le tableau. Ce flottement lourd dans l’air √©tait presque insupportable. Monsieur JOHAN constata √©tonn√© la grille entrouverte, libre d’acc√®s. Il emprunta un chemin de dalles √† peine perceptible confondu entre les feuilles pour arriver devant une grande porte d’entr√©e en bois, qui, comme il se l’√©tait imagin√©, √©tait ferm√©e. Il se dit qu’il allait faire le tour pour atteindre une v√©randa √† l'arri√®re qu’il savait accessible. Mais au moment o√Ļ il longeait la maison, son regard s’arr√™ta au loin. Au pied d’un grand fr√™ne, une forme gisante retint son attention. Mais un claquement de porte d√©tourna son regard. Aurore sortait de la v√©randa, les cheveux presque aussi affol√©s que ses yeux. Sa longue robe et ses jupons bruissaient aussi vite que ses pas, et elle ne semblait  pas si surprise de le voir. En arrivant essouffl√©e vers lui : « Monsieur JOHAN vous voil√†, il est arriv√© un malheur… Je le sais, j’en suis s√Ľre, tout est retourn√© dans la maison ». Il constata les yeux cern√©s de la jeune femme et son teint livide. « Reprenez votre souffle, que s’est-il pass√© ? Vous n’avez touch√© √† rien j’esp√®re ». D’un ton sec elle dit en lui agrippant le bras :

Vous ne comprenez donc pas, Ethos a disparu !

Monsieur JOHAN ne sut que r√©pondre. Il pivota lentement sa t√™te en direction du fr√™ne se rappelant de ce qu’il avait vu une minute plus t√īt √† peine. Et l√†, lui-m√™me senti ses jambes se d√©rober, il s’appuya contre le mur car avec son poids Aurore et son effroi ne lui aurait pas permis de le retenir. Il en √©tait persuad√©, m√™me si ces deux arbres se ressemblaient, il dut l’admettre : √† la place un orme, et non un fr√™ne et aucune forme √† ses pieds.


Le m√™me jour, vers la fin d'apr√®s-midi, le jardin avait pris des allures de sc√®ne de crime. Les deux protagonistes se retrouv√®rent, malgr√© eux, interrog√©s par des officiers pendant que d'autres retournaient la maison de fond en comble.  Certains ouvraient des tiroirs pendant que d'autres s'attachaient √† d'autres fouilles √† l'ext√©rieur, √† la recherche du moindre indice. Aurore encore plong√©e dans la stupeur songeait √† son mari, que dirait-il ? Elle √©tait pr√©sente sur les lieux, t√īt le matin, alors qu'elle √©tait cens√©e se rendre en ville au march√©. Brusquement elle √©clata en sanglot et √† genoux par terre elle s'√©cria : « Pourvu que tu sois vivant ». Monsieur JOHAN, quant √† lui, plus raisonnable et moins alarmiste, avait suppos√© un cambriolage, Ethos avait probablement disparu mais sans certitude. «  Ma ch√®re, rien ne prouve qu'il lui soit arriv√© malheur. Vous vous tourmentez pas d√©j√† ». 


Un bruit de roues la fit se ressaisir, elle accourut √† l'entr√©e, son mari arrivait. Elle eut assez de sang-froid pour feindre son √©moi. Il la regarda et lui dit fort haut : « Enfin mon cher ange je vous retrouve, il ne vous est rien arriv√© ! Puis plus bas en l'enla√ßant et au creux de son oreille :
Je vous porte secours, mais √©pargnez-moi votre com√©die ! Pleurez ne serait-ce qu'une seule fois en public pour Ethos et je vous fais fouetter. Je verserai mon sang s'il le fallait pour ne pas le retrouver ». Elle bl√™mit tandis que son mari la regardait se taire et l'affronter du regard. Elle semblait si jeune, mais il l'aimait √† sa fa√ßon. Monsieur JOHAN et Aurore ne devaient sous aucun pr√©texte s'√©loigner de leur domicile et √™tre disponible tant que l'enqu√™te serait en cours. 

* * *


Le mari d'Aurore, un marquis, avait le sens de la politesse mais ne supportait pas l'humiliation. Elle le trompait, il le savait. Tant cela restait discret il le supportait. Il ignorait si cette histoire allait le nuire, mais il savait pertinemment que les langues perfides iraient bon train sur la l√©g√®ret√© de son √©pouse. Elle ne pourrait pas retourner dans ses bras m√™me s'il devait r√©appara√ģtre par miracle, il l'en emp√™cherait. Assis face √† elle dans le fiacre sur le chemin du retour, il continuait √† la scruter. Ils arriv√®rent dans leur h√ītel particulier bien d√©sert. Les domestiques renvoy√©s et pay√©s d√®s le matin par le marquis. Sa premi√®re pens√©e en rentrant fut de jeter sur tout ce qui lui passerait par la main, tout saccager pour se d√©fouler. Aurore ne bougeait pas : toute la col√®re de son mari tromp√© lui remontait √† la gorge avec une force qui √©trangle les coupables indignes de bont√©. Lui, repensait √† toutes ses images, l'escalier, le jardin, la cour, tous ces t√©moins et complices de l'adult√®re de sa femme. Puis au lieu d'√©clater dans le verbe haut comme elle le craignait, il se demanda s'il ne voulut pas plut√īt bondir sur sa femme. La honte et le d√©go√Ľt le fit suffoquer. Il se pr√©cipita hors de la pi√®ce et renversa les chaises, la table avec tout ce qu'elle supportait. Le silence s’imposa toute la journ√©e.


Plus tard, Aurore d√©concert√©e regardait la lueur du jour qui disparaissait puis une glace qui la refl√©tait de la t√™te aux pieds. Elle ne put supporter son image et s'en d√©tourna. Elle ouvrit la fen√™tre d'un balcon, mais elle tressaillit : au loin elle crut voir l'ombre d'Ethos. 

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